|
Photo
numérique contre photo argentique
Texte
et photos par Sascha Burkhardt
Paru
dans "Studio Multimédia, HS "Photo numérique",
Automne 2001
Une
révolution est en route - celle de la photo numérique qui bouleverse le
monde de l'imagerie, risquant à terme de faire disparaître le bon vieux
film argentique. Depuis des années déjà , l'imagerie numérique a commencé
à grignoter du terrain
Enfin
la qualité
Les
premiers appareils numériques capables de produire des images de qualité
sont apparus très récemment. L'un des précurseurs, le reflex Nikon D1
et son capteur 2,7 Mpixels, sorti en fin 1999, a été aussi le premier
à séduire bon nombre de professionnels de la photo. Non pas pour produire
de grands reportages dans les magazines utilisant un papier glacé - la
qualité du capteur n'est toujours pas suffisante - mais plutôt pour réaliser
des photos destinées aux catalogues ou encore pour la reproduction dans
des magazines «standards » en demi page ou pleine page. Cela s'accompagnait
toutefois de compromis, car il fallait accepter une augmentation de la
focale due à une surface moindre du capteur par rapport au film argentique.
Depuis cet été, le D1 est sorti dans une nouvelle version "D1X", doté
d'un capteur de 5 Mpixels : la résolution devient franchement intéressante.
Seul le prix reste prohibitif, même pour des professionnels, à plus de
50 000 francs, l'amortissement reste difficile.
Du côté du grand public
Parallèlement, les capteurs mégapixels font des apparitions de plus en
plus nombreuses dans les compacts destinés au grand public. Même pour
des appareils à moins de 3000 francs, la résolution commence à être suffisante
pour égaler la qualité d'un négatif, à condition de rester dans des agrandissements
de 13x18, voir 20x30 ou parfois même 30x40 maxi. Pour cet article, nous
avons fait des essais en comparant un Mustek MDC 1500 avec un D1 et nous
avons constaté que pour une utilisation familiale, le Mustek, appareil
pourtant "basique" à capteur 1,5 Mpixels, peut très bien faire l'affaire,
même s'il fausse un peu les couleurs et reste malgré tout un peu onéreux
(environ 2700 francs, compte tenu de l'absence d'un vrai autofocus).
La voie est donc ouverte pour un "remplacement" de l'argentique. Dans
dix ans, nous trouverons certainement ridicule l'idée de faire des photos
sur ce support chimique qu'est le film argentique' d'autant que celles-ci
finissent dans un scanner pour être numérisées en vue d'une utilisation
multimédia'
L'argentique
toujours là!
Dans l'immédiat, cependant, l'argentique est toujours bien vivant, et
cela pour de nombreuses raisons. Par exemple, la résolution des capteurs
n'égale toujours pas celle du film: un négatif ou une diapo en format
24x36, scanné avec 2700 DPI correspond à un capteur d'environ 3800 points
sur 2500. Scanné à 4000 DPI avec les scanners de la nouvelle génération,
le film argentique équivaut même à un capteur de plus de 20 Mpixels !
Bien sûr, ce calcul n'a aucun sens si l'on scanne un film négatif bas
de gamme, granuleux et aux couleurs fades. Mais si l'on utilise un film
diapo du type Fujichrome Velvia, le piqué et surtout le rendu des couleurs
reste inégalé. Il nous faut également considérer l'autonomie.
Dans la photo numérique, plus grande est la qualité d'image, plus il faut
des mégas de stockage. Un film argentique, qu'il soit en négatif ou en
positif, est toujours en résolution maximale ! Un capteur de 3,3 Mpixels
comme celui du compact Nikon Coolpix fournit, lorsqu'il est réglé sur
sa qualité maximale, des fichiers qui pèsent près de 10 Mo par photo.
Pour le moment, les moyens de stockage adéquats comme les cartes Compact
Flash de grande capacité ou les fameux Microdrive d'IBM restent assez
chers. D'ailleurs, les cartes livrées avec la plupart des appareils numériques
restent ridiculement petites, ne permettant souvent pas de stocker plus
de six images en haute définition ! Mais c'est surtout la consommation
électrique qui dégrade l'autonomie du photographe numérique : avec un
vieux reflex mécanique , on peut faire des milliers de photos d'excellente
qualité en consommant juste une petite pile pour le posomètre. Avec les
appareils numériques actuels, l'autonomie se mesure en quelques dizaines
d'images avant le changement des piles ou la recherche d'une prise secteur
pour le rechargement des accus !
Stockage
et tri
Le stockage des images finies s'avère assez facile lorsqu'on
travaille avec des diapos en planche Panodia : il est facile de feuilleter
des milliers d'images en quelques minutes. En revanche, cette méthode
de classement reste assez coûteuse… Pour les photographes travaillant
en négatif, le stockage devient un peu plus compliqué : il n'est pas toujours
aisé de retrouver le négatif correspondant à un tirage. En numérique,
le photographe peut avoir une réelle tendance à prendre trop de clichés
et à amasser une quantité d'images trop importante à gérer, puisque "la
photo est gratuite et on peut l'effacer". Une raison de plus de s'organiser
rigoureusement dans les deux cas. En matière de stockage, il est vrai
que si l'on ne stocke ses photos numériques uniquement sur disque dur
sans faire une, voire plusieurs copies sur CD, les archives présentent
un réel danger. En revanche, si l'on grave le contenu sur plusieurs CD
en vérifiant la lisibilité du support, le risque paraît moindre par rapport
au fil argentique dont les émulsions restent sensibles par exemple à l'humidité
et à la moisissure. Le grand avantage du numérique réside dans la possibilité
de dupliquer l'image à volonté sans aucune perte de qualité. Le photographe
qui souhaite obtenir un agrandissement en 30x40 d'une photo peut sans
aucune crainte envoyer une copie du CD au labo. Contrairement au négatif,
en cas de perte de l'envoi, rien n'a définitivement disparu. Dernier point
à vérifier dans le cas des archives numériques : personne ne peut prédire
la stabilité dans le temps des CD actuels... Contrairement à ce que l'on
pourrait croire, le tirage par un labo restera assez intéressant : les
imprimantes photo-réalistes n'égalent pas un tirage sur du vrai papier
photo dans un labo spécialisé. Par ailleurs, compte tenu du prix des cartouches
d'encre, ce ne sont pas non plus des considérations économiques qui devraient
pousser le photographe à imprimer ses images lui-même. Malheureusement,
le tirage immédiat à partir de support numérique dans des "mini-lab" ne
s'est pas encore répandu partout : la grande chaîne "Photo Service" par
exemple ne propose pas encore ce service dans ses filiales de province.
Une autre possibilité peu onéreuse, l'envoi par Internet à des labos comme
Picbull, donne des résultats assez bons, mais implique également un délai
d'attente de deux jours minimum.
Numérique
ou argentique ?
Dernier détail : le numérique reste très cher, si l'on considère la durée
de vie du matériel. Un appareil numérique vendu cette année sera dépassé
dans deux ans, et il ne vaudra presque plus rien sur le marché de l'occasion.
Avec un vieux reflex des années 70, il est toujours possible de faire
d'excellentes photos numérisées ensuite à 4000 DPI et agrandies à 50x60
cm ou plus. En résumé: la photographie numérique n'atteint pas encore
tout à fait la qualité de l'argentique, si le photographe ne dispose pas
d'un budget de 50 000 francs minimum ! Cependant, dans certaines situations,
l'appareil de 1,5 à 3,3 Mpixels peut même s'avérer plus performant que
le film argentique. C'est notamment le cas de prises de vue à faible lumière
ou en contre-jour, ou un bon capteur numérique peut gérer de plus grands
contrastes. De plus, l'utilisateur peut choisir vue par vue la sensibilité
de "son film". Pour le moment, il est donc trop tôt pour condamner l'argentique.
Mais la révolution est en marche, et le récent Minolta Dimâge 7 par exemple,
avec son capteur de 5,5 Mpixels et son zoom correspondant à un 28-200
en argentique vendu à un prix inférieur à 10 000 francs, montre clairement
que la fin du règne de la chimie est imminente. Les amateurs vont s'équiper
massivement, les labos suivront en proposant des délais plus adaptés.
Toutefois, pour les photographes experts et les professionnels, l'argentique
restera encore d'actualité, et ce pendant quelques années.
Retour
choix articles
Tous droits reservés
|